La Fontaine de Vaucluse ne Chante PlusB2Myths & LegendsListen to the whole story13 mots-clésVocabulaire CléLa route qui mène au village est étroite, bordée de lavande sèche et de rochers blancs qui scintillent sous le soleil pâle de l'hiver. En cette saison, peu de touristes s'aventurent jusqu'ici, laissant la Provence à sa solitude minérale. Mathilde avait fait le trajet seule, en voiture, depuis Lyon. Elle avait conduit pendant des heures, bercée par le ronronnement du moteur et par la vague conviction que ce voyage était nécessaire, même si elle n'aurait pas pu l'expliquer clairement à ses amis ou à ses collègues.Traduire le paragrapheSa grand-mère lui avait parlé de la fontaine une seule fois, juste avant de mourir, dans le calme d'une chambre d'hôpital parfumée à l'éther. « Si tu as le courage d'y aller et d'écouter vraiment, l'eau te dira son nom », avait-elle murmuré d'une voix fragile. À l'époque, Mathilde avait vingt ans ; elle avait souri poliment, rangeant cette phrase au rayon des superstitions familiales un peu désuètes. Maintenant qu'elle en avait trente-deux, et que sa vie semblait figée dans une routine sans relief, le sourire poli ne lui venait plus aussi facilement. Elle cherchait quelque chose, une étincelle ou une direction.Traduire le paragrapheLa fontaine se trouvait au bout du village, là où la falaise de calcaire se referme sur elle-même comme une main protectrice ou menaçante. C'est un gouffre mystérieux, une source dont on a longtemps ignoré la profondeur réelle. L'eau sourdait du rocher en silence, d'un vert sombre et profond, presque hypnotique, avant de s'écouler lentement vers la rivière de la Sorgue. Pas de chant. Pas de murmure mélodieux. Rien que le bruit discret du vent qui agitait les branches nues des platanes.Traduire le paragrapheUn vieil homme était assis sur un banc à proximité, les mains noueuses posées sur un bâton de marche en bois d'olivier. Il portait un béret sombre et un manteau usé par les années.Traduire le paragraphe— Vous venez pour la légende, dit-il sans lever les yeux, sa voix ressemblant au froissement de feuilles mortes. Ce n'était pas une question, mais un constat.Traduire le paragrapheMathilde s'arrêta, surprise par cette intrusion dans ses pensées.Traduire le paragraphe— Comment le savez-vous ? demanda-t-elle doucement.Traduire le paragraphe— Les gens qui viennent en hiver, seuls, et qui regardent l'eau pendant des heures sans jamais sortir un appareil photo... ils viennent tous pour la même chose. Ils cherchent une réponse que le monde moderne ne peut plus leur donner.Traduire le paragrapheElle hésita, puis s'assit à l'autre bout du banc, respectant la distance entre deux solitudes.Traduire le paragraphe— Elle a vraiment chanté, autrefois ?Traduire le paragraphe— D'après les anciens, oui. Mais attention, ce n'était pas une chanson qu'on entend avec les oreilles. C'était quelque chose qu'on ressentait ici, dit-il en posant son poing fermé sur sa poitrine, juste au-dessus du cœur. Une certitude. Une clarté soudaine qui balayait tous les doutes. On repartait d'ici en sachant exactement quel chemin prendre.Traduire le paragraphe— Et pourquoi est-ce qu'elle s'est tue ? interrogea Mathilde, fascinée malgré elle.Traduire le paragrapheL'homme soupira, et ce soupir semblait porter le poids de plusieurs générations.Traduire le paragraphe— Il y a plus d'un siècle, un jeune homme du village — il s'appelait Étienne, paraît-il — était venu ici avec son impatience et ses certitudes de jeunesse. Il était amoureux, ou du moins il le croyait. Il voulait savoir si la femme qu'il convoitait l'aimait en retour. Il a attendu dix minutes, quinze minutes. L'eau restait muette. Il a attendu encore, s'énervant de ce silence qu'il prenait pour du mépris. Alors, dans un accès de frustration, il a ramassé une grosse pierre tranchante et l'a jetée de toutes ses forces au cœur de la source, en criant : « Parle, ou ne sers à rien ! »Traduire le paragrapheMathilde regarda l'eau sombre, imaginant l'impact de la pierre brisant la surface parfaite.Traduire le paragraphe— Et depuis ce jour ?Traduire le paragraphe— Depuis ce jour, le silence absolu. La légende raconte que la fontaine est une entité fière. Elle ne supporte pas qu'on lui ordonne de répondre. Elle ne chante que pour ceux qui savent attendre sans rien exiger, pour ceux qui acceptent que la vérité ne leur appartienne pas. En jetant cette pierre, Étienne a tué la magie pour tout le monde.Traduire le paragrapheIl y eut un long silence entre eux. Ce n'était pas un silence pesant, mais une pause nécessaire pour digérer l'histoire. Mathilde regardait les reflets émeraude de l'eau, se demandant si elle aussi était venue avec une forme d'exigence cachée.Traduire le paragraphe— Donc elle ne chantera plus jamais, murmura-t-elle, une pointe de tristesse dans la voix.Traduire le paragraphe— On ne sait pas, répondit le vieil homme en se levant avec peine. Peut-être qu'un jour, quelqu'un viendra avec assez de patience — pas pour obtenir un nom ou une preuve, mais juste pour offrir sa présence à la source. Ce jour-là, peut-être que la pierre d'Étienne finira par se dissoudre.Traduire le paragrapheIl inclina légèrement la tête vers elle, un geste de courtoisie d'un autre temps, et repartit vers le village d'un pas lent, laissant Mathilde seule face au gouffre.Traduire le paragrapheElle resta encore une heure au bord de l'eau, alors que l'ombre de la falaise s'allongeait sur le bassin. Elle n'entendit rien de particulier. Aucun nom ne se forma magiquement dans son esprit, aucune voix céleste ne vint guider ses pas. Pourtant, quelque chose changea. Le silence de la fontaine, qu'elle avait trouvé vide et froid à son arrivée, lui parut soudainement dense, riche et protecteur. C'était un silence qui demandait du respect.Traduire le paragrapheSur la route du retour, alors que les champs de lavande défilaient dans la lumière déclinante de ses phares, Mathilde se sentit étrangement apaisée. Elle se demanda si sa grand-mère avait vraiment entendu un nom, ou si elle avait simplement compris, elle aussi, la valeur de l'attente. Peut-être que la réponse de la fontaine n'était pas un mot, mais cet état de paix intérieure. Elle comprit que ne pas savoir était, en soi, une forme de liberté.Traduire le paragrapheHistoires pour débutantsLectures graduéesHistoires courtesMyths & Legends storiesL'application contient plus de 200 French histoires. 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