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Poslední sjezd ducha z Chamonixu

Dans la vallée de Chamonix, tout le monde connaissait le Fantôme. On l'appelait ainsi parce qu'il apparaissait en haut d'une piste, blanc dans la brume, et qu'il disparaissait avant que les autres skieurs aient le temps de cligner des yeux. Vingt ans de victoires. Vingt ans de descentes impossibles.

Mais cette année, Marc Ferland avait quarante et un ans, et son genou gauche lui rappelait ce fait chaque matin. La veille de la course, il était assis seul dans le refuge de la Flégère, une tasse de café chaud entre les mains. Dehors, le vent soufflait fort sur le Mont Blanc, et la piste principale — la Diagonale Noire — était fermée à cause de la neige fraîche et instable. La compétition allait utiliser un parcours alternatif, plus court et beaucoup plus sûr.

Marc n'aimait pas ce qui était « plus sûr ». C'est à ce moment-là que Thomas Bruel est entré dans le refuge avec un sourire arrogant.

— Alors, le Fantôme, dit Thomas en posant ses skis contre le mur. On va enfin voir si le vieux peut encore se battre ?

Thomas avait trente ans et une médaille d'argent aux championnats d'Europe — la médaille que Marc avait gagnée trois fois avant lui.

— Je me bats toujours, répondit Marc sans lever les yeux de sa tasse.

— J'ai vu ton genou hier. Tu boites, Marc. Tout le monde l'a vu.

Cette fois, Marc leva la tête. Il voulait rester calme et professionnel. Au lieu de ça, il déclara :

— Demain matin, je prends la Diagonale Noire.

Le silence dans le refuge fut immédiat. La Diagonale Noire était une piste qui avait blessé plusieurs skieurs professionnels. Elle descendait à travers des rochers étroits et virait brusquement à gauche juste avant l'arrivée. C'était presque du suicide.

Thomas rit, mais son regard changea.

— C'est interdit. Les organisateurs ne te laisseront jamais faire ça.

— C'est mon dernier championnat, dit Marc simplement.

Le lendemain, les organisateurs refusèrent sa demande pour la course officielle. Mais ils acceptèrent de laisser la piste ouverte pour une descente d'exhibition, après la course. Marc regarda Thomas gagner la médaille d'or officielle. Puis, ce fut son tour.

Il se plaça au sommet de la Diagonale Noire. Il n'y avait pas de médaille au bout. Juste le vent, la neige, et cette courbe à gauche qu'il voyait dans sa tête depuis dix-sept ans. Il poussa sur ses bâtons.

La vitesse arriva vite. Son genou protesta, mais ses jambes se souvenaient de chaque geste. Les rochers passaient comme des ombres grises. Et puis, il vit la courbe. Il la prit. Son ski gauche toucha la neige de manière irrégulière et, pendant une seconde, il crut tomber. Mais il se redressa par instinct et traversa la ligne d'arrivée debout.

La petite foule applaudit. Thomas Bruel s'approcha lentement avec une expression nouvelle : du respect.

— Tu es complètement fou, dit-il en tendant la main.

— Probablement, répondit Marc en la serrant.

Ce soir-là, Marc téléphona à sa femme.

— Tu as prouvé quelque chose ? demanda-t-elle.

— Pas à lui, dit-il doucement. À moi.

Elle rit, et pour la première fois depuis des mois, lui aussi.