Loading translation and audio tools…

Luthierens tavse violin fra Mirecourt

Henri Bertrand est luthier à Mirecourt depuis quarante ans. Il fabrique des violons avec ses mains, lentement, avec beaucoup de soin. Sa petite boutique sent bon le bois et le vernis doux.

Sur l'étagère la plus haute, il y a un violon. Il est très beau — le bois est d'un brun chaud, et il brille doucement dans la lumière. Mais personne ne le touche jamais. Ce violon est silencieux.

Un matin de septembre, une jeune femme entre dans la boutique. Elle s'appelle Clara. Elle est étudiante au Conservatoire de Nancy et elle visite Mirecourt pour apprendre l'histoire de la lutherie française.

Elle regarde les violons sur les murs. Puis ses yeux s'arrêtent sur l'étagère haute.

« Celui-là est différent, » dit-elle. « Pourquoi vous ne le vendez pas ? »

Henri ne répond pas tout de suite. Il continue à travailler son bois.

« Ce violon s'appelle Le Muet, » dit-il finalement. « Je l'ai fabriqué il y a trente ans. Pour ma fille, Émilie. Elle voulait être violoniste. »

« Et elle ne l'a jamais pris ? » demande Clara doucement.

« Elle a quitté Mirecourt, » dit Henri. « Elle est partie à Paris, puis au Canada. Elle ne joue plus. » Il pose ses outils. « Ce violon n'a jamais chanté. »

Clara regarde l'instrument en silence. Puis elle demande : « Est-ce que je peux le prendre ? Juste pour essayer ? »

Henri hésite. Il ferme les yeux un moment. Puis il dit : « D'accord. »

Clara monte sur un petit tabouret et prend le violon délicatement. Elle pose l'archet sur les cordes.

La première note remplit toute la boutique.

Henri reste immobile. Le son est chaud, profond, et magnifique. Il pense à Émilie. Il pense à ses jeunes mains qui ont travaillé ce bois avec espoir, il y a si longtemps.

Clara joue pendant deux minutes. Quand elle s'arrête, elle dit : « Ce violon n'est pas muet, Monsieur. Il attendait seulement. »

Henri touche le bois doucement. Ses yeux sont humides.

« Vous avez raison, » dit-il. « Il attendait. »

Il regarde Clara. « Prenez-le. Je veux qu'il joue maintenant. »

Clara secoue la tête. « Non. C'est votre violon. C'est votre histoire. Mais peut-être... appelez Émilie ce soir ? »

Henri ne répond pas. Mais quand Clara quitte la boutique, il reste debout devant l'étagère vide — et il cherche son téléphone.