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Slagterkniven fra Thiers, som ingen turde købe

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Illustration til afsnit 1

Dans la vitrine de la coutellerie Martel, à Thiers, il y avait un couteau que personne n'osait acheter.

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Ce n'était pas parce qu'il était laid. Au contraire. La lame en acier brillait comme un miroir, le manche en bois de noyer était parfaitement équilibré, et le tranchant était si fin qu'il coupait l'air lui-même, disait-on. C'était le plus beau couteau du magasin. Peut-être le plus beau couteau de toute la ville.

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Mais il était là depuis onze ans. Et tout le monde à Thiers connaissait son histoire.

Illustration til afsnit 4

Camille avait vingt-six ans et elle travaillait dans une boucherie à Lyon. Elle était venue à Thiers pour acheter un cadeau pour son père, un boucher qui allait prendre sa retraite après quarante ans de métier. Elle voulait lui offrir quelque chose de spécial, un objet avec une âme.

Illustration til afsnit 5

Quand elle est entrée dans la boutique, le vieux monsieur derrière le comptoir l'a regardée avec des yeux fatigués.

Illustration til afsnit 6

— Je cherche un couteau de boucher, a-t-elle dit. Le meilleur que vous ayez.

Illustration til afsnit 7

Le vieil homme — c'était Robert Martel lui-même — n'a rien dit. Il a seulement regardé la vitrine.

Illustration til afsnit 8

Camille a suivi son regard. Elle a vu le couteau immédiatement.

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— Celui-là, a-t-elle dit. Combien coûte-t-il ?

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Robert a hésité. « Voilà la question », pensa-t-il.

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— Ce couteau n'est pas à vendre, a-t-il répondu doucement.

Illustration til afsnit 12

— Mais il est en vitrine.

Illustration til afsnit 13

— Oui.

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Un silence lourd s'est installé entre eux.

Illustration til afsnit 15

— Pourquoi ? a demandé Camille. Pourquoi le montrez-vous si vous ne voulez pas le vendre ?

Illustration til afsnit 16

Robert a posé ses mains à plat sur le comptoir. Ses mains portaient les cicatrices de cinquante ans de travail avec le métal.

Illustration til afsnit 17

— Ce couteau, j'ai mis six mois à le fabriquer, a-t-il dit lentement. C'était pour mon fils. Il voulait devenir boucher. Il avait votre âge, à peu près.

Illustration til afsnit 18

— Et alors ?

Illustration til afsnit 19

— Il a choisi la musique à la place. Il vit à Montréal maintenant. Il ne revient jamais.

Illustration til afsnit 20

Camille a regardé le couteau dans la vitrine. Elle a compris, tout d'un coup, pourquoi personne n'osait l'acheter. Ce n'était pas un mauvais présage. C'était simplement un objet trop chargé de chagrin. Les gens le sentaient sans savoir pourquoi.

Illustration til afsnit 21

— Je crois que mon père et vous, vous vous ressemblez, a-t-elle dit enfin. Lui aussi, il a fabriqué des choses toute sa vie pour quelqu'un qui les voulait, mais pas de la façon qu'il espérait.

Illustration til afsnit 22

Robert n'a rien répondu. Mais l'expression de son visage a changé légèrement.

Illustration til afsnit 23

— Je vous propose un échange, a continué Camille. Vendez-moi ce couteau. Et je vous promets de venir vous raconter comment mon père l'utilise, chaque fois que je reviendrai à Thiers.

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Le vieux coutelier a regardé la jeune femme pendant un long moment. Puis, sans un mot, il a ouvert la vitrine.

Illustration til afsnit 25

En rentrant dans le train vers Lyon, Camille a tenu le couteau dans son étui de cuir sur ses genoux. Elle a pensé à Robert Martel, seul dans sa boutique with ses regrets bien rangés sur les étagères. Elle a pensé à son père, qui ne savait pas encore qu'elle allait lui rapporter un objet qui attendait depuis onze ans.

Illustration til afsnit 26

Parfois, les objets n'attendent pas le bon acheteur. Ils attendent la bonne histoire.