Η Χαμένη Μαριάννα του Δημαρχείου του Κλαμεσί
B1 · Mystery & Crime
Le lundi matin, Sandrine Morel est arrivée à la mairie de Clamecy à sept heures et demie, comme toujours. Elle a accroché son manteau, préparé son café, et puis elle a vu le socle vide.
La Marianne avait disparu.
Le socle en pierre, devant l'escalier principal, était là — mais le buste en plâtre peint, le visage calme et sérieux de la République, n'était plus. Sur le sol, il y avait une fine poudre blanche. Du plâtre, peut-être.
Sandrine a regardé autour d'elle, comme si la Marianne allait réapparaître derrière un rideau. Puis elle a appelé le seul policier municipal disponible ce matin-là : Gilles Petit.
Gilles est arrivé vingt minutes plus tard. Il avait vingt-six ans et un carnet de notes toujours bien rangé. Il a regardé le socle, regardé la poudre, et il a dit d'une voix grave : — Il faut interroger le gardien.
Fernand Chabrier était le gardien de la mairie depuis trente ans. Il habitait une petite maison juste derrière la place du marché et il avait les clés de tout — les caves, les archives, la salle du conseil. Quand Gilles lui a posé des questions, Fernand a levé les mains avec indignation. — Vous m'accusez, moi ? Après trente ans ? Vous plaisantez ! — Je n'accuse personne, a dit Gilles, calme. Je pose des questions.
Fernand a croisé les bras. — Vendredi soir, vers dix-neuf heures, j'ai vu une jeune femme dans le couloir. Elle poussait un chariot. J'ai cru que c'était une stagiaire. Je lui ai ouvert la porte de service parce qu'elle avait l'air chargée. Voilà tout ce que je sais.
Sandrine, qui écoutait depuis l'entrée, a senti quelque chose changer dans sa poitrine. Ce n'était plus de la colère — c'était de l'inquiétude. Dans deux jours, le mercredi 13 juillet, la mairie organisait une cérémonie officielle pour les soixante ans du jumelage avec la ville allemande de Frechen. Le préfet venait. Les caméras de France 3 Bourgogne venaient. Et la Marianne était... où ?
C'est en balayant la poudre blanche que Gilles a trouvé un petit papier froissé sous le socle. C'était un flyer jaune, à moitié déchiré : Atelier des Arts Clamecytois — Restauration & sculpture — 14, rue de Bethléem.
L'atelier était une ancienne boutique, avec une grande fenêtre et une odeur de plâtre et de peinture. Quand Sandrine et Gilles sont entrés, une jeune femme s'est retournée, surprise. Elle avait les mains blanches de poudre et un pinceau dans la main droite. — Vous êtes Léa Fontaine ? a demandé Gilles. — Oui... il y a un problème ?
Sandrine a regardé derrière la jeune femme. Sur une table protégée par une bâche, il y avait la Marianne. Mais elle n'était pas abîmée — au contraire. Quelqu'un avait réparé une grande fissure sur le côté gauche du visage et avait repeint la surface avec soin.
— Je l'ai prise vendredi soir, a dit Léa rapidement. Je sais, j'aurais dû demander. Mais j'ai vu cette fissure pour la première fois en mai, et elle grandissait chaque semaine. J'ai eu peur qu'elle ne se casse pendant la cérémonie, devant tout le monde. J'allais la rapporter demain matin, avant l'ouverture. Je vous le jure.
Il y a eu un silence. Sandrine s'est approchée de la table et a regardé le visage de la Marianne de près. La fissure avait effectivement disparu. Le travail était propre, précis, presque invisible. — Vous avez fait ça seule ? a-t-elle demandé. — Oui. Je suis en deuxième année à l'école des arts de Nevers. C'est ma spécialité, la restauration de sculptures.
Gilles a toussé. — Vous savez que c'est un bien public ? Que vous n'aviez pas le droit de... — Gilles, a dit Sandrine doucement. Il s'est tu.
Sandrine a regardé une dernière fois le visage réparé, calme et sérieux comme avant. Puis elle a regardé Léa, qui attendait, les épaules légèrement baissées. — Rapportez-la demain à sept heures, a dit Sandrine. Avant que les gens arrivent. Elle a fait une courte pause. — Et... merci.
En sortant dans la rue, sous le soleil de juillet, Gilles a ouvert la bouche pour dire quelque chose. Sandrine l'a regardé. Il a refermé la bouche. Parfois, il n'y a rien à ajouter.
Le mercredi 13 juillet, pendant la cérémonie, le préfet a serré des mains devant la mairie. Personne n'a remarqué que la Marianne avait un visage légèrement plus lisse que d'habitude. Personne, sauf Sandrine — et peut-être Fernand, qui a souri une fois, très brièvement, avant de reprendre son air sérieux.