Yönselittäjä, joka väänsi keskiyönlakanoita
B1 · Myths & Legends
Yann avait promis à sa mère de rentrer avant la nuit. Mais le chemin était plus long que prévu, et la lune avait disparu derrière les nuages. Il marchait vite sur le sentier qui longeait la rivière, les bottes mouillées par l'herbe froide.
C'est alors qu'il a entendu le bruit. Un bruit lent et régulier : quelqu'un tordait du linge dans l'eau noire.
Il s'est arrêté net.
Les vieux du village lui avaient parlé d'elle, une nuit où ils racontaient des histoires au coin du feu. La lavandière de nuit. Elle lavait des draps au bord de l'eau, toujours à minuit, toujours seule. Ce n'était pas du linge ordinaire. C'étaient des linceuls — les vêtements que l'on met sur les morts. Et si quelqu'un passait sur son chemin, elle lui demandait de l'aider à tordre.
Voilà le danger : il fallait tordre dans le même sens qu'elle. Si tu te trompais de direction, elle te brisait les os. Si tu refusais d'aider, elle te tirait sous l'eau.
Yann a regardé autour de lui. Il était trop tard pour fuir. La femme était déjà là, assise sur une pierre plate au bord de l'eau. Elle était très vieille, avec des cheveux blancs qui tombaient sur ses épaules comme de la pluie.
— Tu arrives au bon moment, a-t-elle dit sans le regarder. Aide-moi.
Sa voix était calme, presque douce. C'était justement ça qui lui faisait peur.
Yann s'est approché lentement. Il a pris sa moitié du drap dans ses mains tremblantes. Le tissu était froid, plus froid que la rivière en plein hiver.
La femme a commencé à tordre. Vers la droite.
Yann a tourné ses poignets. Vers la droite aussi. Il pensait à la règle que les vieux lui avaient expliquée, et il ne l'avait pas oubliée.
Ils ont tordu le drap ensemble, en silence. L'eau noire a coulé sur les pierres.
Quand c'était fini, la femme l'a regardé pour la première fois. Ses yeux étaient gris, comme le ciel avant une tempête.
— Tu es plus intelligent que tu n'en as l'air, a-t-elle dit.
Puis elle a repris son travail comme si Yann n'existait plus.
Il est parti vite, sans se retourner. Son cœur battait fort. Mais après quelques minutes de marche, il a réalisé quelque chose d'étrange : ses mains ne tremblaient plus. Et malgré l'heure tardive, il se sentait, d'une façon bizarre, calme.
Il est arrivé chez sa mère peu après minuit. Elle dormait, sa fièvre un peu moins forte.
Yann ne lui a jamais parlé de la lavandière. Mais des années plus tard, quand ses enfants lui demandaient pourquoi il ne prenait jamais le chemin de la rivière après le coucher du soleil, il souriait tristement.
— Parce que certaines rencontres, on n'en veut pas une deuxième, disait-il.
Il ne disait jamais rien de plus.