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Fernand était assis devant la gare de Limoges depuis huit ans. Il connaissait chaque visage, chaque train, chaque bruit dans la rue. Il avait une vieille couverture grise, un chapeau marron, et un café froid à côté de lui.

Ce matin-là, l'agent Lucie Vidal a remarqué quelque chose d'étrange. Dans la main de Fernand, il y avait un billet de train. Un billet de première classe pour Paris. Départ : 14h22. Prix : cent quatre-vingt-cinq euros.

Lucie s'est arrêtée.

— Fernand, a-t-elle dit doucement. Ce billet… il est à vous ?

Fernand a levé les yeux. Son regard était calme.

— Un homme me l'a donné ce matin. À neuf heures, peut-être. Il m'a donné aussi vingt euros et il m'a dit : *Garde ça pour moi.*

— Quel homme ? a demandé Lucie.

— Grand. Manteau bleu. Il avait l'air nerveux. Il regardait souvent derrière lui.

Lucie a pris le billet et elle a lu le nom dessus : Thierry Gros. Elle ne connaissait pas ce nom.

À ce moment, la radio dans sa poche a fait un bruit. Une voix a dit : « Attention à tous les agents. Un homme a volé deux mille euros au bureau de change de la gare. Description : grand, manteau bleu, environ quarante ans. Il a quitté la gare à neuf heures dix. »

Lucie a regardé Fernand.

— Dans quelle direction est-il parti ?

Fernand a réfléchi une seconde. Il connaissait bien les rues autour de la gare.

— Il a tourné à gauche. Il a marché vite vers la rue du Consulat.

Lucie a parlé dans sa radio. Trois minutes plus tard, un autre agent a trouvé l'homme dans un café de la rue du Consulat. Il avait encore l'argent volé dans son sac.

Thierry Gros avait donné son billet à Fernand parce qu'il avait peur. Il ne voulait pas partir à Paris. Il voulait disparaître. Mais le billet dans la poche du mendiant était la meilleure preuve contre lui.

Lucie est revenue voir Fernand.

— Vous avez beaucoup aidé. Merci, Fernand.

Fernand a haussé les épaules.

— Je regarde les gens. C'est tout ce que je fais ici.

Lucie a souri.

— Est-ce que je peux faire quelque chose pour vous ?

Fernand a réfléchi.

— Le monsieur à l'entrée du café de la gare ne veut pas me laisser entrer. Il fait froid aujourd'hui.

Lucie a regardé le café, puis elle a regardé Fernand.

— Oui. Venez avec moi.

Ils sont entrés ensemble. Lucie a commandé deux cafés. Fernand a tenu sa tasse chaude avec ses deux mains et il a fermé les yeux.

C'était un petit moment. Mais pour Fernand, c'était assez.