Kuruşları Kabul Etmeyen Kasiyer
B1 · Daily Life
Tous les mercredis soir, Thomas passait à la supérette du coin pour acheter de quoi manger jusqu'à la fin de la semaine. C'était un rituel. Il connaissait chaque rayon par cœur, il savait exactement combien de temps il lui fallait, et il essayait toujours de tomber sur la caisse numéro trois — celle de Nadia.
Pas parce qu'il lui parlait beaucoup. Au contraire, Nadia n'était pas du genre bavard. Elle scannait les articles avec une précision mécanique, disait le prix d'une voix neutre, et attendait. Mais il y avait quelque chose de rassurant dans sa constance. Dans un quotidien un peu chaotique, Nadia était prévisible.
Ce mercredi-là, cependant, Thomas avait calculé son budget trop vite. Un paquet de pâtes, une boîte de sauce tomate, deux yaourts, et un journal. En arrivant à la caisse, il a posé ses affaires sur le tapis roulant avec la confiance de quelqu'un qui sait exactement ce qu'il fait.
« Huit euros cinquante-trois », a annoncé Nadia.
Thomas a sorti son portefeuille. Un billet de cinq euros, deux pièces d'un euro, et une poignée de monnaie : cinquante centimes, trois de dix, un de cinq, et quatre pièces d'un centime. Il avait le compte juste.
Il a posé les quatre centimes cuivrés sur le petit plateau.
Nadia a regardé les pièces. Puis elle a levé les yeux.
« Je ne prends pas les centimes. »
Thomas a cligné des yeux. « Pardon ? »
« Les centimes. Je les refuse. C'est ma règle. »
Il y avait une femme derrière lui avec un caddie plein. Un homme avec un bébé dans les bras. Thomas a senti la chaleur monter dans son cou.
« Mais... c'est de l'argent légal, non ? »
« Sans doute. Mais moi, je ne les prends pas. »
Thomas n'avait plus de monnaie. Il ne pouvait pas payer par carte non plus — il avait atteint sa limite mensuelle deux jours plus tôt, à cause d'une réparation de vélo urgente. Il a regardé ses articles. Le journal. Il pouvait laisser le journal.
Il l'a repris et posé sur le côté, un peu humilié.
« Ça fait sept euros quatre-vingt-dix-neuf, alors, » a-t-il dit à voix basse.
Nadia a scanné à nouveau, lentement. « Huit euros trois centimes. »
Thomas a fermé les yeux une seconde. Même sans le journal, il lui manquait quatre centimes. Il ne savait plus quoi faire.
C'est à ce moment-là que Nadia a ouvert le petit tiroir sous sa caisse. Elle a pris quatre centimes — les siens — et les a posés dans la machine sans un mot.
Thomas a ouvert la bouche. « Vous... pourquoi ? »
Nadia a imprimé le reçu et le lui a tendu. « Parce que vous venez tous les mercredis depuis un an. Parce que vous prenez toujours les mêmes choses. Et parce que la semaine dernière, vous avez aidé la vieille Mme Bertrand à porter ses sacs jusqu'à la sortie sans qu'elle vous le demande. »
Elle a haussé les épaules, comme si c'était la chose la plus normale du monde.
« Les centimes m'encombrent la caisse. Mais les gens bien, j'essaie de les garder. »
Thomas a pris son sac et son reçu. Il ne savait pas s'il devait rire ou se sentir gêné. En sortant, il a décidé que la prochaine fois, il laisserait ses centimes à la maison — et peut-être qu'il apporterait aussi quelque chose pour Nadia.
Il n'avait aucune idée de ce que ce serait encore. Mais il avait toute une semaine pour y penser.