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El tren del martes que nunca llegó

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Ilustración del párrafo 1

Le quai numéro deux de la gare de Mireval était presque toujours vide le mardi soir. Presque.

Ilustración del párrafo 2

Léa travaillait au café de la gare depuis six mois. Elle connaissait les habitudes de chaque voyageur : l'homme d'affaires qui lisait son journal debout, la vieille dame avec son chariot à roulettes, les lycéens bruyants du vendredi. Mais il y avait une exception qu'elle ne comprenait pas.

Ilustración del párrafo 3

Chaque mardi, à dix-sept heures, un homme d'une soixantaine d'années arrivait à la gare. Il portait toujours un manteau gris et tenait un journal plié sous le bras. Il achetait un café — serré, sans sucre — et s'installait près de la fenêtre qui donnait sur le quai numéro deux. Il regardait dehors. Il attendait.

Ilustración del párrafo 4

À dix-sept heures vingt, quand aucun train n'arrivait, il posait quelques euros sur la table et partait sans dire un mot.

Ilustración del párrafo 5

Le problème, c'est que le train de dix-sept heures vingt en provenance de Paris n'existait plus. Il avait été supprimé en mars, sept mois plus tôt.

Ilustración del párrafo 6

Un mardi d'octobre, Léa n'a pas pu se taire.

Ilustración del párrafo 7

« Excusez-moi, monsieur. »

Ilustración del párrafo 8

L'homme a levé les yeux de son café. Il avait un visage tranquille, mais fatigué, comme quelqu'un qui n'a pas bien dormi depuis longtemps.

Ilustración del párrafo 9

« Oui ? »

Ilustración del párrafo 10

« Je ne veux pas être indiscrète… » Elle a hésité. « Mais vous attendez le train de dix-sept heures vingt ? »

Ilustración del párrafo 11

« C'est ça. »

Ilustración del párrafo 12

Léa a choisi ses mots avec soin. « Ce train-là n'existe plus, monsieur. Depuis mars. La SNCF a changé les horaires. Le prochain train de Paris arrive à dix-neuf heures quarante maintenant. »

Ilustración del párrafo 13

L'homme n'a pas semblé surpris. Il a regardé son café un moment, puis il a dit doucement : « Je sais. »

Ilustración del párrafo 14

Léa ne savait pas quoi répondre. « Vous… vous savez ? »

Ilustración del párrafo 15

« Oui. » Il a souri, mais ce n'était pas un sourire heureux. « Je sais depuis le début. »

Ilustración del párrafo 16

Il s'appelait Étienne. Il était ingénieur à la retraite. Et il avait une fille qui s'appelait Camille.

Ilustración del párrafo 17

Il a expliqué son histoire lentement, comme s'il n'en avait pas parlé depuis très longtemps.

Ilustración del párrafo 18

Deux ans auparavant, Camille et lui s'étaient disputés — une dispute sérieuse, à propos d'un choix de vie qu'il n'avait pas accepté. Elle était partie vivre à Paris. Les appels téléphoniques avaient diminué, puis s'étaient arrêtés. Un jour, elle lui avait envoyé un message : « Je reviendrai te voir. Un mardi. Je te le promets. »

Ilustración del párrafo 19

Ce message datait de dix-huit mois.

Ilustración del párrafo 20

« Au début, j'attendais vraiment le train, » a-t-il dit. « J'espérais que le mardi suivant serait le bon. Puis les horaires ont changé. Mais moi… je n'ai pas changé. »

Ilustración del párrafo 21

Il a regardé par la fenêtre vers le quai vide.

Ilustración del párrafo 22

« Je crois que venir ici, c'est ma façon de lui dire que je suis toujours là. Même si elle ne le voit pas. »

Ilustración del párrafo 23

Léa avait la gorge un peu serrée. « Est-ce que vous lui avez parlé récemment ? »

Ilustración del párrafo 24

« Non. J'ai peur qu'elle ne veuille pas me répondre. »

Ilustración del párrafo 25

« Et si elle attendait que vous appeliez en premier ? »

Ilustración del párrafo 26

Étienne a regardé Léa comme si personne ne lui avait jamais posé cette question-là.

Ilustración del párrafo 27

La semaine suivante, Léa travaillait le mardi soir comme d'habitude. À dix-sept heures, elle a regardé la porte d'entrée. Puis à dix-sept heures dix. À dix-sept heures vingt, la chaise près de la fenêtre était vide.

Ilustración del párrafo 28

Étienne n'était pas venu.

Ilustración del párrafo 29

Elle a d'abord ressenti une inquiétude étrange. Puis, lentement, elle a compris.

Ilustración del párrafo 30

Monsieur Gaudin, le chef de gare, passait devant le café avec sa tasse de thé. Léa lui a fait signe.

Ilustración del párrafo 31

« L'homme au manteau gris — il n'est pas là ce soir. »

Ilustración del párrafo 32

Le vieux chef de gare a souri. « Non. Il m'a téléphoné ce matin pour me dire qu'il ne viendrait plus le mardi. » Il a regardé Léa avec des yeux bienveillants. « Il m'a dit qu'il avait eu une conversation intéressante la semaine dernière. »

Ilustración del párrafo 33

Léa a regardé le quai numéro deux, gris et silencieux sous la pluie d'automne. Le train de dix-sept heures vingt n'était jamais arrivé. Mais peut-être que, cette semaine, quelque chose d'autre était enfin en route.