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Thiers hentesének kése, amit senki sem mert megvenni nem mert

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Illusztráció a(z) 1 bekezdéshez

Dans la vitrine de la coutellerie Martel, à Thiers, il y avait un couteau que personne n'osait acheter.

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Ce n'était pas parce qu'il était laid. Au contraire. La lame en acier brillait comme un miroir, le manche en bois de noyer était parfaitement équilibré, et le tranchant était si fin qu'il coupait l'air lui-même, disait-on. C'était le plus beau couteau du magasin. Peut-être le plus beau couteau de toute la ville.

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Mais il était là depuis onze ans. Et tout le monde à Thiers connaissait son histoire.

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Camille avait vingt-six ans et elle travaillait dans une boucherie à Lyon. Elle était venue à Thiers pour acheter un cadeau pour son père, un boucher qui allait prendre sa retraite après quarante ans de métier. Elle voulait lui offrir quelque chose de spécial, un objet avec une âme.

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Quand elle est entrée dans la boutique, le vieux monsieur derrière le comptoir l'a regardée avec des yeux fatigués.

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— Je cherche un couteau de boucher, a-t-elle dit. Le meilleur que vous ayez.

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Le vieil homme — c'était Robert Martel lui-même — n'a rien dit. Il a seulement regardé la vitrine.

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Camille a suivi son regard. Elle a vu le couteau immédiatement.

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— Celui-là, a-t-elle dit. Combien coûte-t-il ?

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Robert a hésité. « Voilà la question », pensa-t-il.

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— Ce couteau n'est pas à vendre, a-t-il répondu doucement.

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— Mais il est en vitrine.

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— Oui.

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Un silence lourd s'est installé entre eux.

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— Pourquoi ? a demandé Camille. Pourquoi le montrez-vous si vous ne voulez pas le vendre ?

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Robert a posé ses mains à plat sur le comptoir. Ses mains portaient les cicatrices de cinquante ans de travail avec le métal.

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— Ce couteau, j'ai mis six mois à le fabriquer, a-t-il dit lentement. C'était pour mon fils. Il voulait devenir boucher. Il avait votre âge, à peu près.

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— Et alors ?

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— Il a choisi la musique à la place. Il vit à Montréal maintenant. Il ne revient jamais.

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Camille a regardé le couteau dans la vitrine. Elle a compris, tout d'un coup, pourquoi personne n'osait l'acheter. Ce n'était pas un mauvais présage. C'était simplement un objet trop chargé de chagrin. Les gens le sentaient sans savoir pourquoi.

Illusztráció a(z) 21 bekezdéshez

— Je crois que mon père et vous, vous vous ressemblez, a-t-elle dit enfin. Lui aussi, il a fabriqué des choses toute sa vie pour quelqu'un qui les voulait, mais pas de la façon qu'il espérait.

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Robert n'a rien répondu. Mais l'expression de son visage a changé légèrement.

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— Je vous propose un échange, a continué Camille. Vendez-moi ce couteau. Et je vous promets de venir vous raconter comment mon père l'utilise, chaque fois que je reviendrai à Thiers.

Illusztráció a(z) 24 bekezdéshez

Le vieux coutelier a regardé la jeune femme pendant un long moment. Puis, sans un mot, il a ouvert la vitrine.

Illusztráció a(z) 25 bekezdéshez

En rentrant dans le train vers Lyon, Camille a tenu le couteau dans son étui de cuir sur ses genoux. Elle a pensé à Robert Martel, seul dans sa boutique with ses regrets bien rangés sur les étagères. Elle a pensé à son père, qui ne savait pas encore qu'elle allait lui rapporter un objet qui attendait depuis onze ans.

Illusztráció a(z) 26 bekezdéshez

Parfois, les objets n'attendent pas le bon acheteur. Ils attendent la bonne histoire.