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ที่นั่งว่างในคืนวันสิ้นปี

Il était presque vingt-deux heures quand Camille a posé la dernière assiette sur la grande table de la salle à manger. Elle a compté : six assiettes pour six personnes. Puis, après une hésitation, elle en a pris une septième dans l'armoire et l'a placée au bout de la table, à gauche de la fenêtre.

Sa mère, Sylvie, est entrée avec un plat de crudités et a tout de suite remarqué l'assiette supplémentaire. Elle s'est arrêtée net.

— Camille… tu lui as envoyé l'adresse ?

— J'ai envoyé un message. Il n'a pas répondu.

Sylvie a posé le plat lentement, sans rien dire. Mais ses yeux ont tout dit.

Julien, le frère de Camille, n'avait pas participé à un réveillon en famille depuis deux ans. Tout avait commencé après la mort de leur père, quand la question de l'appartement familial à Lyon était devenue une « guerre froide » entre lui et le reste de la famille. Il avait dit des choses terribles. Camille aussi, d'ailleurs. Et puis il était parti, d'abord à Bordeaux, puis, selon les rumeurs, à Montréal. Les appels téléphoniques avaient cessé. Les messages aussi.

Mais chaque année, Camille mettait quand même ce siège vide.

Son mari, Thomas, l'a rejointe dans la cuisine pendant qu'elle préparait la sauce.

— C'est peut-être une mauvaise idée, ce soir. Ta mère est déjà stressée, et les enfants vont poser des questions…

— Je sais, a répondu Camille. Mais si je ne le fais pas, j'ai l'impression que je lui ferme définitivement la porte. Je ne suis pas prête à faire ça.

Thomas a hoché la tête. Il ne comprenait pas vraiment, mais il la respectait assez pour ne pas insister.

Le dîner a commencé à vingt-trois heures. Les enfants de Camille, Léa et Maxime, étaient excités et ont posé exactement la question que Thomas avait annoncée.

— C'est pour qui, cette assiette ?

— Pour quelqu'un qui viendra peut-être, a dit Camille simplement.

— C'est le Père Noël ? a demandé Maxime, très sérieux.

Tout le monde a ri. Même Sylvie, un peu.

Vers minuit moins le quart, le portable de Camille a vibré sur le buffet. Elle a vu le nom sur l'écran et son cœur s'est arrêté une seconde : Julien.

Elle s'est levée de table et est allée dans le couloir.

— Allô ?

— C'est moi. — Sa voix était différente. Plus fatiguée, peut-être. Plus douce, aussi. — Je suis devant chez toi. Je… je ne savais pas si je devais sonner.

Camille a fermé les yeux un instant. Elle avait imaginé ce moment des dizaines de fois. Dans certaines versions, elle était froide. Dans d'autres, elle pleurait. Mais là, elle a juste dit :

— La porte est ouverte, Julien.

Elle est revenue dans la salle à manger, a regardé sa mère et a fait un petit signe de tête vers la porte. Sylvie a porté sa main à sa bouche.

Trente secondes plus tard, Julien est entré dans le couloir, avec une valise minuscule et l'air de quelqu'un qui n'est pas sûr d'être à sa place. Il était plus maigre. Il avait une barbe qu'il n'avait pas avant.

La première à se lever n'a pas été Camille. Ça a été Sylvie, qui a traversé la pièce et qui a pris son fils dans ses bras sans un mot. Julien a fermé les yeux et a laissé faire.

Il y avait encore beaucoup de choses à dire. Des excuses qui n'avaient pas encore été prononcées. Des blessures qui n'étaient pas encore guéries. Camille le savait très bien.

Mais pour l'instant, le siège vide au bout de la table était occupé. Et quand les douze coups de minuit ont sonné à la télévision, tout le monde était debout, et personne ne manquait. C'était suffisant pour commencer.